La Ferme piscicole des Bobines est située à East Hereford en Estrie et opère le plus important site d’élevage de truites arc-en-ciel au Québec. Elle produit, transforme et met en marché de la truite arc-en-ciel, le tout dans un environnement promouvant l’aquaculture durable.

Partenaire officiel d’Ocean Wise, l’entreprise fait tout pour réduire au maximum son empreinte écologique “ L’avenir réserve une place prépondérante à l’aquaculture durable. La voie la plus prometteuse pour nourrir la planète” affirme Clément Roy, copropriétaire avec son père et sa mère de la ferme d’élevage de truites arc-en-ciel. Véronique Fontaine, la conjointe de Clément a décidé, elle aussi, d’embarquer dans cette belle aventure. Ça sent la famille à plein nez, aux Bobines.

Clément nous partage son expérience personnelle dans l’élevage de truites. Il nous parle des défis et des perspectives d’avenir du secteur et de la ferme familiale.

Pourquoi avez-vous choisi une carrière dans l’aquaculture ? Quand avez-vous commencé à vous intéresser aux poissons et à la pisciculture ?

Impossible de répondre à cette question, sans plonger dans l’histoire de la Ferme Piscicole des Bobines. Mon père vient d’une famille d’agriculteurs mais les vaches et les cochons, ça ne l’intéressait pas. Il avait envie de faire quelque chose de différent, de nouveau! Lorsqu’il a décidé de s’intéresser à la pisciculture au début des années 1970, c’est vers le poisson qu’il s’est tourné, en faisant ses premiers tests d’élevage de truites dans son sous-sol. Le mariage parfait de la terre et de l’eau! C’est en 1980, que mes parents se lancent à temps plein dans l’aventure de la production de truites à Ste-Edwidge. En 1989, afin de répondre à la demande grandissante de la clientèle, ma mère et mon père se mettent à la recherche d’un site où l’eau souterraine serait de qualité exceptionnelle. C’est ainsi qu’après de nombreuses recherches, l’entreprise s’établit dans le magnifique village d’East Hereford.

 Comme vous pouvez l’imaginer, dès mon jeune âge j’ai été impliqué dans la gestion et les opérations quotidiennes de la ferme. Malgré cela, je quitte le nid familial pour aller étudier en administration et en droit. En 2004, la ferme prend un ‘virage bleu’;  elle aménage toute la production dans un bâtiment intérieur et adopte un système d’élevage innovateur qui se veut aujourd’hui une référence en matière d’aquaculture durable; un système en recirculation. Cette technique d’élevage en bassins fermés permet de recycler et de filtrer les eaux d’élevage et à récupérer 80 à 90% des rejets des poissons. Ayant une forte passion pour l’environnement, ce projet rejoignait mes valeurs et plusieurs de mes centres d’intérêt. Voilà pourquoi en 2005, après avoir terminé mes études universitaires, je décide de me joindre à l’entreprise familiale, cette fois-ci de façon permanente

Clément Roy, copropriétaire avec son père de la ferme d’élevage de truites arc-en-ciel.

Pourquoi un système d’aquaculture en recirculation ?

À la fin des années 1990, deux fermes aquacoles rejettaient leurs eaux usées sans traitement dans des cours d’eau au Québec. À cette époque, c’était légal et disons que les pisciculteurs n’avaient pas la même connaissance des effets de leurs actions sur l’environnement. Il faut comprendre que la truite rejette les trois quarts du phosphore qu’elle absorbe, le phosphore étant un élément essentiel à sa croissance . Tout ceci a pour effet qu’un lac peut «étouffer» en raison d’une trop forte concentration de phosphore, ce qui provoque la prolifération des algues. Résultat: les piscicultures du Québec étaient accusées de faire mourir les lacs.

Ces événements ont marqué un tournant dans la prise de conscience du problème environnemental.

À l’époque mon père, qui était le Président de l’Association des aquaculteurs du Québec, a voulu changer ce regard négatif que la société portait sur l’ensemble des pisciculteurs.

Le Danemark a connu des contraintes similaires à celles du Canada face au développement de l’aquaculture et a dû trouver des solutions afin de permettre à cette industrie de survivre et de retrouver une image positive face aux consommateurs. Le développement d’une nutrition performante (basse teneur en phosphore) et le traitement des rejets piscicoles sont deux des solutions développées dans ce pays. En 2003, mon père et une délégation québécoise se sont rendus au Danemark, le troisième plus grand producteur de truites arc-en-ciel pour regarder qu’est-ce qu’ils faisaient pour diminuer les impacts au niveau de l’environnement.

De là est né notre système d’aquaculture en recirculation; un point tournant pour la Ferme Piscicole des Bobines.  

Mais quels sont donc précisément les avantages d’un système en recirculation?

L’aquaculture en circuit fermé consiste en l’élevage des poissons dans un système de confinement qui forme une barrière entre les truites et l’environnement naturel.

L’isolation complète des poissons de leur écosystème naturel permet de;

-prévenir les fuites de poissons vers l’habitat sauvage.

 -recycler et  filtrer les eaux d’élevage, contrairement aux élevages en cages dans lesquels les eaux usées non-traitées sont directement versées dans les cours d’eau.

 – Réduire le risque de maladies et parasites et par conséquent réduire ou éliminer le besoin d’antibiotiques et d’autres produits chimiques (La grande qualité de l’eau de source que nous utilisons chez la Ferme Piscicole des Bobines nous permet d’élever nos truites sans antibiotiques, vaccins ou hormones de croissance).

– offrir un meilleur contrôle sur toutes les phases de la production.

Est-ce que vous vous considérez un leader de la production de truites au Québec…au Canada?

Nous sommes le plus grand producteur de truites arc-en-ciel au Québec. La ferme, produit annuellement 210 tonnes de truites dans ses 94 bassins. Nous représentons 10% de la truite vendue dans la province. Notre entreprise va très bien mais malheureusement, la grande majorité des truites vendues au Québec ne sont pas des produits locaux. Plusieurs produits proviennent des pays comme le Pérou et le Chili; produits qui ne sont pas soumis aux mêmes règles environnementales.

Le gouvernement s’est donné comme objectif de doubler la production aquacole au Québec d’ici 2025 pour la faire passer de 1600 à 3200 tonnes.

La ferme Piscicole des Bobines est au cœur d’un processus d’expansion majeure qui nous permettra de doubler notre production actuelle. À terme, il s’agira d’un des plus importants site d’élevage de salmonidés en bassins fermés au Canada.  Nous accordons une importance particulière à la recherche qui guide la prise de décisions en matière de règlementations qui permet d’améliorer nos pratiques d’élevage en aquaculture. S’améliorer est toujours possible, où que l’on soit ! Nous sommes fiers de respecter les normes les plus strictes en matière d’aquaculture durable et responsable.

Comment réagissez-vous face aux critiques du secteur aquacole ?

Il existe différents types d’aquaculture, mais les principaux sont: la pisciculture en cage et la pisciculture terrestre. L’aquaculture en cage suscite de plus en plus de controverse et d’inquiétudes chez les Canadiens. Puisque les enclos sont ouverts à l’environnement naturel, les espèces d’élevages peuvent s’échapper. Cette situation est préoccupante car l’introduction d’une espèce étrangère dans un écosystème peut entraîner des conséquences néfastes sur les espèces sauvages et l’environnement. De plus, les systèmes aquacoles en cages permettent la dispersion de déchets (poissons morts, matière fécale, antibiotiques, produits chimiques) dans le milieu marin qui peuvent nuire à l’écosystème. Toutefois, des mesures proactives telles que le choix d’un emplacement adéquat pour l’installation aquacole, celui des espèces à y cultiver, la conformité des installations, l’élimination des produits chimiques et antibiotiques, des plans de contingence et des systèmes de suivi peuvent considérablement réduire ces risques.

Dans un élevage en recirculation (sur terre) comme le nôtre, c’est complètement différent.

L’eau est filtrée et recyclée, nous n’avons pas de problème de maladies et n’utilisons pas d’antibiotiques ou de produits chimiques.

De manière générale, les préoccupations environnementales liées à l’aquaculture sont associées à la pisciculture en cage. Le public ne tient pas compte des différences entre les deux types d’aquaculture. À notre avis, cette distinction est particulièrement importante. Il ne faut pas mettre tous les pisciculteurs dans le même sac!

Pour changer les choses, il faut tous unir nos efforts et sensibiliser le grand public.

Nous tenons à vous remercier de nous donner l’opportunité de faire valoir notre position et notre entreprise. C’est une belle façon d’ouvrir les discussions sur le sujet et d’éduquer les gens.

Comment avez-vous entendu parler de nous ? Pourquoi était-il important pour vous de devenir partenaire Ocean Wise ?

Il y a 6 ans environ, j’étais au Restaurant le St-Urbain à Montréal lorsque j’ai pris connaissance de Ocean Wise pour la première fois. J’ai tout de suite remarqué votre symbole de poisson ainsi que la légende au bas du menu qui indiquait que la présence d’un symbole Ocean Wise à côté d’un produit de la mer est garantie d’un choix écoresponsable. Étant donné que le développement durable est toujours au cœur de nos préoccupations et de nos activités, j’ai rapidement pris contact avec Ocean Wise pour en apprendre davantage.  C’est ainsi que nous avons établi un partenariat en 2013.

Comment avez-vous bénéficié d’un partenariat avec Ocean Wise?

Le développement durable s’enracine de plus en plus dans la trame sociale québécoise.  Amorcé il y a plusieurs années, le mouvement a amené un nombre croissant de consommateurs à demander des produits de la mer durables, qui assurent en outre la santé de nos océans et de la planète pour les générations à venir. La recommendation Ocean Wise permet de rassurer les consommateurs et acheteurs et valorise notre engagement envers l’environnement. Il s’agit là d’une très belle visibilité.  

Ocean Wise nous a guidé dès le départ et nous a permis d’obtenir de la visibilité et d’élargir notre réseau de contacts. Soucieux d’offrir des produits de truite arc-en-ciel de qualité qui respectent l’environnement et qui sont issus d’aquaculture durable, plusieurs restaurants au Québec (dont plusieurs partenaires Ocean Wise) offrent nos délicieux produits. J’aimerais aussi mentionner que j’ai toujours été très impressionné par le professionnalisme, la gentillesse et la passion débordante de l’équipe chez Ocean Wise. On est fier de participer à la protection des ressources marines avec vous!

À quoi ressemble votre quotidien à la Ferme?

Nous nous occupons de tout de A à Z; l’incubation des oeufs, l’élevage des truites jusqu’à la transformation. De l’œuf à l’assiette! Ce qui assure à notre produit un maximum de fraîcheur et de qualité. Sans oublier la boutique- située directement à la ferme. Vous y trouverez nos délicieux produits frais ou congelés tout au long de l’année.

Nous sommes une équipe d’une quinzaine de personnes.  Puisque nous sommes situés dans un petit village où la main-d’œuvre est limitée, beaucoup des opérations sont automatisées. Par exemple, nous avons une machine de filetage de poisson. Cette machine fait le travail de près d’une vingtaine de travailleurs!

Mon métier me passionne car c’est un travail très intéressant et nullement monotone. Chaque journée est différente.  Travailler avec les truites c’est très amusant, surtout si vous avez un intérêt particulier pour les animaux. Je suis tombée dedans assez tôt!

Où peut-on trouver vos produits ?

Nous ciblons principalement les supermarchés et distributeurs Québécois puisque nous représentons une très petite proportion du marché de production pour la truite d’élevage Canadienne. Mais nous sommes en expansion alors cela changera sûrement dans les prochaines années. Nous vendons des filets, des feuilletés, des pâtés, des tartinades, des filets entiers qui sont fumés à chaud et des tranches de truites fumées à froid.

Que pensez-vous du futur de la pisciculture au Canada ? Et que diriez-vous aux personnes qui pensent à une carrière dans l’aquaculture ?

L’épuisement des stocks risque de menacer l’avenir des pêches commerciales et la santé des écosystèmes aquatiques. L’aquaculture permet de répondre à la demande croissante de poissons et fruits de mer en soulageant la pression exercée sur les poissons sauvages.  L’avenir de notre secteur s’annonce prometteur et continue à se développer au Canada et à travers le monde ! Le gouvernement s’est donné comme objectif de doubler la production aquacole au Québec d’ici 2025.

À ceux qui pensent à une carrière dans l’aquaculture, je dirais que c’est un métier prometteur ! Par contre, le travail n’est pas de tout repos. La ténacité et les efforts requis peuvent en dissuader certains; il faut être très dévoué et passionné. 

Quand vous achetez un produit qui porte le symbole Ocean Wise, vous encouragez les aquaculteurs tel que la Ferme Piscicoles des Bobines, les distributeurs et les restaurants à proposer des produits de la mer durables, respectueux de l’environnement.

Manger local tout en étant écoresponsable c’est tout à fait tendance au Québec !

Propriétaires: Clément Roy, fils des fondateurs de l’entreprise, Doris Brodeur et Normand Roy

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