Ce blogue est le premier d’une série qui explore la façon dont les pêcheries et les chaînes d’approvisionnement en aquaculture engendrent des pertes et ce qu’il faut faire pour les réduire.

En général, tous les secteurs de la production alimentaire produisent un certain volume de pertes avant que le produit soit prêt à être consommé. Alors que la pénurie alimentaire s’accroît mondialement, il est crucial de réduire les pertes dans les chaînes d’approvisionnement alimentaire afin de protéger les écosystèmes et de maximiser les produits destinés à la consommation humaine. Les pêcheries de capture sauvage sont aussi sujettes aux pertes. Les pêcheurs n’attrapent pas toujours l’espèce de poisson recherché, les systèmes peuvent tomber en panne et rendre les prises inconsommables avant d’être transformés, les poissons et fruits de mer peuvent aussi s’avarier après avoir été transformés, etc. Les pertes dans les pêcheries ont entraîné plusieurs milieux à se joindre pour en décrire les différentes formes.

Les répercussions sur d’autres espèces est l’un des quatre critères utilisés par Ocean Wise Seafood pour déterminer les performances environnementales d’une pêcherie. Ce critère traite des pertes qui peuvent découler des activités de récolte et est le point focal de cette publication. Si vous êtes déjà allé pêcher, vous savez que l’on n’attrape pas toujours l’espèce ciblée. Commercialement, malgré la technologie avancée qui donne de meilleures chances d’attraper l’espèce ciblée, il arrive tout de même d’attraper autre chose accidentellement et en grand nombre, au détriment de l’environnement.

Le type d’équipement utilisé pour la pêche influence la quantité de prises accessoires des pêcheries

Une espèce attrapée qui n’est pas celle ciblée par une pêcherie s’appelle une prise accessoire. L’ampleur des prises accessoires varie en fonction des pêcheries et selon la sélectivité du type d’équipement de pêche utilisé. Elle peut également être influencée par la portée de la pêcherie et son nombre d’espèces ciblées. L’équipement de pêche est sélectif lorsqu’il est en mesure d’attraper uniquement l’espèce ciblée, et non sélectif lorsqu’il capture aussi d’autres animaux (d’autres poissons, des oiseaux marins, des tortues, des mammifères marins, des invertébrés, etc.). Le terme prise accessoire peut avoir plusieurs significations.

Les pêcheurs peuvent légalement débarquer et vendre des prises accessoires

Dans certains cas, les prises accessoires peuvent comprendre des espèces non ciblées accidentellement attrapées qui peuvent tout de même être légalement conservées et vendues. Ces prises sont souvent appelées prises accidentelles et sont fréquentes dans les pêcheries au niveau mondial, où les espèces ciblées peuvent devenir une nuisance d’un jour à l’autre. Plusieurs petites pêcheries fonctionnent avec des pêches mixtes, ce qui signifie que les pêcheurs récoltent plusieurs espèces et parfois avec plusieurs équipements. Les prises accessoires peuvent ainsi être plus difficiles à discerner, surtout lorsque les débarquements ne sont pas adéquatement surveillés et que les pêcheurs vont dans des endroits isolés. Les stratégies de gestion des pêcheries permettent un certain nombre de prises accidentelles lors des pêches. Les pêcheurs commerciaux de crevettes tachetées et de crabes de Dungeness de la Colombie-Britannique peuvent légalement conserver une certaine quantité de pieuvres géantes du Pacifique pendant les saisons de pêches et les vendre légalement afin d’être consommés.

Lorsqu’il est illégal ou peu avantageux monétairement de conserver les prises accessoires, les pêcheurs rejettent les prises accidentelles à la mer. Les rejets peuvent inclure les espèces non ciblées ainsi que les prises trop petites ou du mauvais sexe. Les crabes de Dungeness commercialement débarqués en Amérique du Nord sur la côte ouest doivent être d’une certaine taille et d’un certain sexe (mâle) afin d’être débarqués légalement. Ainsi, les prises trop petites ou les crabes femelles sont rejetés. Le cumul de ces rejets entraîne de lourdes pertes : il est estimé qu’environ 4 milliards de dollars US de pertes sont rejetés annuellement uniquement aux États-Unis[i].

La taille de l’espèce peut déterminer si elle est rejetée ou légalement débarquée

Selon la pêcherie, il peut y avoir des incitations économiques à augmenter le nombre de rejets. Par exemple, un système de gestion des pêches peut déterminer le nombre de prises par espèce qu’un pêcheur peut légalement attraper (quota). S’il reste du temps lors des expéditions de pêche, il est possible de rejeter les poissons plus petits ou endommagés pour essayer d’attraper des prises plus grandes ou moins endommagées, permettant d’augmenter la valeur des prises une fois débarquées. Il n’existe pas de données facilement accessibles sur la fréquence de cette pratique, et le degré auquel elle se produit dans les pêcheries au niveau mondial est sous-estimé[ii].

Afin de remédier aux pertes des récoltes dans les pêcheries, une approche à plusieurs facettes est nécessaire pour assurer une bonne application de la réglementation dans son ensemble : favoriser tous les débarquements d’espèces comestibles, améliorer les restrictions/innovations des types d’équipements et mettre en place des systèmes de gestion géographique et temporelle pour éviter les interactions avec les espèces en péril[iii]. Bien que les pêcheurs soient confrontés à ce problème, il est important de noter que les prises accessoires sont coûteuses et dangereuses pour eux, et que, pour la plupart, ils font ce qu’ils peuvent pour les éviter.


Traduit par Traductions LFV Inc.

Aquablog by the Ocean Wise Seafood Science Team.


[i] Patrick, W.S. and Benaka, L.R. (2013). Estimating the economic impacts of bycatch in U.S. commercial fi sheries. Marine Policy, 38: 470-475. http://www.sciencedirect.com/science/arti cle/pii/S0308597X12001674

[ii] Batsleer, J., Hamon, K.G., van Overzee, H.M.J. et al. High-grading and over-quota discarding in mixed fisheries. Rev Fish Biol Fisheries 25, 715–736 (2015). https://doi.org/10.1007/s11160-015-9403-0

[iii] Kelleher, K. Discards in the world’s marine fisheries. An update. FAO Fisheries Technical Paper. No. 470. Rome, FAO. 2005. 131p. http://www.fao.org/3/y5936e/y5936e00.htm#Contents

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